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Au mois de janvier, la BBC a organisé un débat d’experts approfondi sur le sujet La philanthropie fonctionne-t-elle ?. La question posée au groupe d’experts était : « Les riches devraient-ils donner plus d’argent à l’État qu’aux fondations de bienfaisance ? ». C’est l’éternelle question. Est-il plus efficace, plus démocratique, plus équitable d’imposer les riches et de redistribuer l’argent au public par l’intermédiaire du gouvernement ? Ou les riches devraient-ils recevoir des incitatifs fiscaux pour œuvrer dans l’intérêt public par le biais d’une philanthropie privée ? La philanthropie peut-elle vraiment fonctionner aussi bien que l’État pour œuvrer dans l’intérêt public ?

Au premier abord, la réponse est que l’État est le mécanisme le plus démocratique pour assurer l’intérêt public. Cependant, nous avons tous observé des exemples où les mesures de l’État n’étaient pas suffisantes pour réduire les inégalités, améliorer l’accès aux services ou répartir plus efficacement les ressources. Dans la plupart des gouvernements, la tolérance face à l’innovation et à ses risques est faible. Le gouvernement est donc rarement en mesure d’innover ou de changer un système sans catalyseurs ou modèles externes. Cela suggère, comme l’a mentionné l’un des experts de la BBC, Melissa Berman de Rockefeller Philanthropy Advisors, que la réponse à la question « l’État OU la philanthropie » est : « oui, ET… ».

Que signifie « oui, ET » ?

Oui, l’État (le gouvernement) est incontestablement plus démocratique, du moins en théorie, dans sa répartition des avantages publics. Et… la philanthropie peut jouer un rôle en tenant l’État responsable, et en soutenant et en rassemblant les personnes non représentées ou celles dont la voix n’est pas entendue.

Oui, le gouvernement a sans conteste plus de moyens d’offrir des services à grande échelle avec des ressources qui surpassent largement les ressources privées. Et… la philanthropie peut combler les lacunes et assurer l’accès aux services pour les personnes qui sont marginalisées.

Oui, le gouvernement peut travailler dans une structure sociale entière. Et… la philanthropie peut financer l’innovation et l’adaptation, entraînant un impact plus important à grande échelle.

Tout cela présume que la philanthropie privée accepte la responsabilité de son efficacité, son imputabilité et son engagement envers ceux qui ne sont normalement pas représentés lors du processus décisionnel de l’élite. La réponse « oui, et… » ne fonctionne que si les donateurs privés sont conscients des questions fondamentales de justice sociale auxquelles l’État doit aussi faire face. Comme l’a indiqué l’un des experts de la BBC, la philanthropie excelle quand elle ne repose pas uniquement sur la générosité, mais aussi sur la justice.

Pourtant, la philanthropie privée ne résulte-t-elle pas des avantages d’un système inégal ? Comment la philanthropie peut-elle remettre en cause le système injuste qui l’a créée ? Bien qu’il y ait là une part de vérité, la philanthropie privée a démontré sa capacité et sa volonté à s’attaquer aux inégalités ou à s’opposer aux préjugés systémiques. Cela s’accompagne de risques, de rigueur et de ressources engagées à long terme. C’est difficile… mais pas impossible. Pour citer Rip Rapson, PDG de la Kresge Foundation à Detroit, l’une des activités les plus utiles que la philanthropie privée peut faire est de disséquer les problèmes sociaux et de les réassembler d’une manière différente pour montrer aux communautés et aux gouvernements comment progresser.

La perspective de l’Inde

J’ai observé au Canada et aux États-Unis des exemples de philanthropie privée qui prennent des risques, engagent des ressources et font preuve de rigueur pour lutter contre l’injustice. Toutefois, ce n’est pas seulement en Amérique du Nord que nous observons ce phénomène. Certaines des philanthropies privées les plus ambitieuses au monde travaillent à grande échelle en Inde pour disséquer les problèmes et développer de nouveaux modèles. Lors d’un récent voyage à Delhi et à Mumbai, j’ai rencontré quatre fondations privées fondées par des chefs d’entreprise, des entrepreneurs ou des leaders qui ont généré de grandes richesses grâce à leurs activités professionnelles. Ces fondations s’attaquent à la question de la qualité de l’éducation avec beaucoup d’imagination et d’énergie, et l’ont identifiée comme l’un des moyens d’action les plus importants du changement sociétal.

En effet, de nombreux enfants indiens fréquentent des écoles publiques qui manquent de ressources et qui ont du mal à trouver des enseignants de qualité. L’apprentissage de base des enfants de moins de dix ans (p. ex., la lecture objective en bas âge) accuse un retard important. Les filles sont souvent laissées pour compte. Les enfants des zones rurales sont particulièrement défavorisés. Avec une population et une économie comme celles de l’Inde, ces défis sont faramineux. Est-ce que la qualité et l’accessibilité de l’éducation pour la population de la plus grande démocratie du monde s’amélioreraient sans la philanthropie privée ?

L’Azim Premji Foundation, fondée par le milliardaire en TI Azim Premji en 2001, est l’une des plus grandes organisations philanthropiques de l’Inde. Azim Premji est l’un des donateurs les plus généreux au monde et figure parmi les cinq premiers philanthropes mondiaux. Sa fondation estime qu’un système d’enseignement public solide est au cœur de la démocratie et que l’équité ne peut être exercée par un système stratifié. La fondation travaille directement avec les écoles publiques des régions rurales des États de l’Inde afin d’améliorer la formation des enseignants et le leadership scolaire.

La Central Square Foundation, fondée en 2012 par Ashish Dhawan, investisseur en placements privés et philanthrope, veut garantir un enseignement scolaire de qualité pour tous les enfants de l’Inde. Elle se concentre sur des réformes de l’enseignement scolaire grâce à des systèmes fondés sur les faits et tournés vers l’innovation. En particulier, elle a pour objectif de s’assurer que tous les enfants obtiennent un apprentissage de base au cours de leurs premières années.

De façon similaire, la K.C. Mahindra Education Trust, fondée en 1953 par l’un des industriels les plus importants en Inde, veut transformer la société par l’intermédiaire de l’enseignement, particulièrement pour les personnes exclues ou laissées pour compte. Parmi ses nombreuses initiatives, le projet Nanhi Kali encourage les filles économiquement et socialement défavorisées à suivre dix ans d’éducation. Le projet adopte une approche systémique, en collaborant avec les filles, les familles et les communautés pour créer « des écosystèmes favorables aux filles dans des régions tribales, rurales et urbaines pauvres à travers l’Inde. »

L’Edelgive Foundation, fondée en 2008 par l’Edelweiss Group, se concentre sur l’éducation en tant que droit fondamental qui contribue considérablement à la réalisation du potentiel des gens. Edelgive a deux autres domaines d’intervention : les moyens de subsistance et la responsabilisation des femmes. Ils utilisent une démarche axée sur des partenariats, en travaillant étroitement avec des collaborateurs, des influenceurs, des ONG et des gouvernements. Edelgive s’engage également à élaborer des plateformes plus efficaces et à développer les capacités des ONG.

Ces fondations indiennes renommées sont déterminées à concevoir de nouveaux modèles et de nouvelles approches, en utilisant des faits, des mesures, des expériences et des démonstrations. Elles ne remplacent pas le gouvernement, mais travaillent de concert avec lui, en prenant des risques bien planifiés et en collaborant à long terme avec des partenaires de la communauté et du secteur public sur des moyens d’action qui transformeront l’enseignement public. Il ne fait aucun doute que des opportunités d’amélioration existent, notamment en écoutant plus attentivement et en faisant preuve d’humilité et d’empathie. Pourtant, force est de constater que la philanthropie fonctionne.

Janvier est un mois opportun pour se fixer des défis en tant que personne, mais aussi en tant qu’organisation. Votre nouveau défi peut comporter un seul élément ou plusieurs. Il s’agit peut-être du prolongement d’une stratégie précédente ou d’une nouvelle tâche. Peu importe, cet exercice de réflexion sur un défi pour l’année à venir est utile, car il soulève inévitablement des questions sur ce qui est important et sur l’impact que nous pouvons avoir.

Je pense qu’il existe trois défis qui permettraient aux fondations canadiennes d’avoir un impact significatif en 2020. Une fondation peut choisir d’en relever un ou plusieurs. À mon avis, ces trois défis abordent des questions importantes et il est temps que les fondations leur accordent plus de financement. Ils sont tous primordiaux pour notre avenir.

Le premier défi est les médias numériques et la démocratie. Quel rôle peut jouer la philanthropie pour promouvoir une population mieux informée ou fournir une plateforme aux voix non entendues par le biais des médias numériques ? En 2013, des observateurs américains ont suggéré que «  si l’une des exigences de la démocratie est que tous les citoyens aient une chance égale de faire entendre leur voix, alors nous devons trouver les moyens de le faire. Un argument de longue date sur le rôle de la société civile est que celle-ci devrait accomplir deux choses liées, mais quelque peu opposées : 1) servir de moyen pour proposer de nouvelles idées qui avec l’appui de la majorité, sont présentées au gouvernement, et 2) servir de lieu pour soutenir les idées et les intérêts de plusieurs minorités. Les organisations philanthropiques servent ainsi d’intermédiaire pour un engagement démocratique, et d’incubateur et d’accueil pour les idées et les communautés qui sont encore émergentes ou peuvent ne pas avoir l’attention ou la faveur de la majorité votante. »

Comment les fondations canadiennes peuvent-elles jouer un rôle dans ce défi ? Certaines le font déjà, grâce à l’appui de ce qu’on appelle les initiatives de « philanthro-journalisme ». La Atkinson Foundation a donné l’exemple, en aidant des journalistes de terrain dans les médias traditionnels et en soutenant la série « Le miroir éclaté » du Forum des politiques publiques sur les implications à long terme de l’évolution de la technologie, l’actualité et la politique numériques. Le défi de 2020 est de savoir comment affronter le déluge de désinformation dans l’espace public numérique. En effet, les plateformes d’informations numériques bouleversent les modèles commerciaux des médias. Comment pouvons-nous réglementer et gérer ces nouvelles plateformes de médias numériques de façon à soutenir des citoyens éclairés et de meilleures politiques ? Certaines fondations américaines comme Knight lancent des programmes majeurs de subventions pour mieux comprendre la technologie, les médias et la démocratie. Les fondations McConnell et Rossy soutiennent le Projet de démocratie numérique de la Max Bell School of Public Policy à McGill. Pourrions-nous voir d’autres initiatives semblables au Canada en 2020 ?

Le deuxième défi est de développer la capacité de leadership à but non lucratif, en particulier le leadership de la génération du millénaire. Comment la philanthropie canadienne peut-elle encourager le développement de leaders parmi cette génération prometteuse de personnes dans leur trentaine aujourd’hui ? Les premiers milléniaux vont avoir 40 ans en 2021. Sont-ils prêts à assumer des postes de leadership dans le secteur canadien à but non lucratif ? Cette génération de leaders devra faire face à l’impact de défis énormes et complexes, tels que le changement climatique. En outre, cette génération se concentre davantage sur l’équité, l’inclusion et des méthodes de travail différentes. De quoi ont-ils besoin pour renforcer leurs compétences ? En 2020, de nombreux leaders de la génération du baby-boom prendront leur retraite dans les organismes à but non lucratif. Qui va les remplacer ?

Au Canada, certaines fondations d’entreprise accordent une attention particulière aux jeunes pour les aider à se préparer pour le milieu du travail. L’Objectif avenir de RBC et le projet Jeunesse de PwC Canada offrent un soutien philanthropique aux jeunes en matière d’opportunités de mentorat, d’encadrement, d’acquisition de compétences et d’expérience de travail. Parmi les fondations privées, la Counselling Foundation of Canada offre un soutien approfondi aux jeunes dans la planification de leur carrière grâce à ses subventions et par l’intermédiaire du CERIC, son organisme de bienfaisance qui promeut le développement de carrière et l’éducation. Il existe d’autres exemples de fondations qui se concentrent sur les jeunes et leurs besoins en développement de compétences. Mais pourquoi ne pas développer des leaders à but non lucratif en milieu de carrière ? En prenant une approche sectorielle, la Rozsa Foundation par le biais de ses Arts Leadership Programs renforce le sens des affaires et la résilience organisationnelle au sein d’organismes artistiques. L’aide ciblée de la fondation pour les leaders à tous les stades de leur carrière dans les organismes artistiques signifie que le secteur artistique de l’Alberta possède une grande réserve de leaders. Cette solution pourrait certainement être envisagée dans d’autres domaines du secteur à but non lucratif. Et un petit investissement philanthropique comme celui-là aura un impact durable.

Le troisième défi consiste à renforcer l’infrastructure du secteur à but non lucratif. Je dirais que ce défi est lié aux deux autres. Il s’agit de soutenir le développement des connaissances pour obtenir de meilleures informations et politiques publiques, et d’encourager le leadership dans l’ensemble du secteur. Plus précisément, il faut investir dans des systèmes de données, une analyse des politiques et le leadership des organismes intermédiaires à but non lucratif. Dans un autre article, j’ai expliqué qu’il fallait soutenir davantage des fondations, telles que les réseaux régionaux à but non lucratif ou Imagine Canada, qui prévoient des mesures collectives sur les règles et les normes, recueillent des renseignements, mobilisent les connaissances et défendent des changements avec les décideurs politiques. Relativement peu de fondations privées au Canada ont pour objectif principal de le faire. Muttart Foundation et Lawson Foundation sont deux exemples de philanthropie qui reconnaissent l’importance de renforcer les secteurs philanthrope et caritatif. D’autres fondations soutiennent activement une infrastructure dans leurs domaines d’intérêt comme l’environnement. Toutefois, il y a encore un obstacle significatif. Ces organisations et ces plateformes sont fragiles. Cependant, ces petits investissements produisent des résultats importants, surtout si l’investissement est effectué grâce à un leadership éclairé.

Voici donc mes trois suggestions de défis pour votre philanthropie de 2020. Même si les stratégies de votre fondation se concentrent plus sur un problème ou une communauté en particulier, il peut être utile de les considérer sous ces trois angles. Est-ce que le travail de votre fondation contribue aussi d’une certaine manière à développer des citoyens éclairés, de jeunes leaders compétents ou un secteur à but non lucratif plus solide dans l’ensemble du Canada ?

Dans les deux premiers articles de cette série sur les fondations et les politiques publiques, j’ai expliqué pourquoi les fondations devraient s’intéresser à l’élaboration des politiques publiques, et j’ai offert quelques exemples de fondations canadiennes qui y participent. Dans ce troisième article, je préconise plus d’investissements de la part des fondations dans l’élaboration des capacités des politiques publiques pour le secteur caritatif canadien dans son ensemble.

On dit souvent que ce secteur est très diversifié en termes de taille et type d’organisations, de domaines d’intérêt et de ressources. Cela signifie-t-il que ce secteur ne possède pas de cadre universel de politique publique ? Non. Il y a un cadre important qui vient avec le statut d’organisme de bienfaisance. Du point de vue de la politique publique, le secteur caritatif possède un cadre essentiel : sa relation avec l’organisme de réglementation fédéral, l’Agence du revenu du Canada (ARC). En effet, chaque organisation caritative doit comprendre le cadre créé par les règles et les règlements de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Il est clairement défini et largement partagé dans l’ensemble du secteur. Toutefois, d’autres domaines de politique sont définis par des besoins qui sont partagés : les données, le capital (financier et humain) et la technologie. Les gouvernements aux niveaux fédéral et provincial comprennent qu’il est important d’établir des cadres stratégiques pour le secteur des affaires en ce qui concerne la collecte et la diffusion des données, l’accès au capital financier, les politiques d’emploi et les conditions de travail, et l’infrastructure des technologies numériques. Qu’en est-il du secteur à but non lucratif ?

Que pouvons-nous faire pour garantir que les besoins de notre secteur en matière de capital, de données et de technologie soient reconnus dans les cadres des politiques publiques ? Le secteur doit avoir des organisations intermédiaires ou des organismes-cadres qui peuvent agir en son nom pour : prévoir des mesures collectives sur les règles et les normes, mener des recherches et intervenir en tant que leaders éclairés lors de l’élaboration des politiques, offrir une formation et une éducation dans le travail d’élaboration des politiques, recueillir des renseignements et mobiliser les connaissances, et défendre les changements et les améliorations en matière de politique avec les décideurs politiques.

En l’absence de ce genre d’organisations, le secteur se pénalise lui-même. La politique publique n’existe pas ou n’évolue pas de manière opportune et appropriée. Les besoins ne sont pas identifiés et les organisations du secteur ne sont pas mobilisées collectivement.

La bonne nouvelle est que nous avons ce genre d’organisations au Canada. Au niveau national, nous avons Imagine Canada. Dans l’ensemble du pays, nous avons davantage d’intermédiaires provinciaux axés sur les besoins en matière de politique du secteur caritatif et à but non lucratif, comme l’Ontario Nonprofit Network, le Pillar Nonprofit Network, les Community Sector Councils en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve-et-Labrador, et le nouveau Alberta Nonprofit Network.

Ces organismes du réseau sont financés par des fondations de bienfaisance renommées qui ont décidé d’investir dans la capacité de ce secteur : la Lawson Foundation, la Muttart Foundation, la Atkinson Foundation, la Max Bell Foundation, la RBC Foundation et la Fondation Suncor Énergie. La Fondation McConnell a été un partisan de longue date des intermédiaires du secteur comme Imagine. D’autres fondations choisissent de développer la capacité d’élaboration des politiques et l’apprentissage collectif en offrant un financement aux organisations ou aux leaders individuels. Le Leading and Learning Program de la Metcalf Foundation en est un exemple. Deux fondations ont aussi effectué un investissement à long terme dans la formation des individus pour les travaux liés à la politique publique : Max Bell et Maytree dirigent des instituts de formation en matière de politique publique pour les leaders d’organismes à but non lucratif. En outre, une partie de ces fondations investissent également dans la recherche sur les enjeux politiques du secteur menée par le Mowat Centre NFP.

Il ne fait aucun doute que ce financement des intermédiaires et des réseaux a un effet mobilisateur. Le financement du réseau d’entraide renforce le secteur dans son ensemble. Dans ce contexte, il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de fondations caritatives qui choisissent de développer cette infrastructure. Le retour sur investissement est évident. Comme cette série d’articles le suggère, les arguments sont convaincants pour que les fondations caritatives s’intéressent davantage à la politique publique. Nous observerons peut-être cette évolution dans la prochaine décennie, alors que nous entrons dans les années 2020. Rappel : Vous pouvez trouver une description des stratégies, des informations sur les règles et des histoires sur les activités des fondations canadiennes qui s’intéressent à la politique publique dans le guide de 2019 Les fondations, vecteurs de changement : la participation à l’élaboration des politiques publiques.

Rappel : Vous pouvez trouver une description des stratégies, des informations sur les règles et des histoires sur les pratiques des bailleurs de fonds canadiens qui s'engagent dans les politiques publiques dans le guide de 2019 intitulé Les fondations, vecteurs de changement: la participation à l’élaboration des politiques publiques.

Comment travaillez-vous avec les « autres » en tant que fondation philanthropique ? Les « autres » peuvent être des gens que vous ne connaissez pas, qui ne partagent pas les mêmes opinions que vous, ou qui ont des attentes, des motivations ou des responsabilités différentes. Est-ce possible ? Est-ce nécessaire ? Et le jeu en vaut-il la chandelle ? Lors du récent colloque de FPC à Calgary en Alberta, les fondations ont exploré ces questions sur le thème de La collaboration sans frontières.

Les fondations ont de bonnes raisons d’examiner la collaboration sans frontières en ce moment. Le Canada et le monde sont confrontés à des problèmes à la fois urgents et complexes. Et il n’existe pas de large consensus sur les solutions, loin de là. Face à cette complexité et cette polarisation, les fondations peuvent comprendre que l’adoption d’une perspective ou d’une approche individuelle ne va pas les amener bien loin. Quand personne n’a de réponse, les gens doivent unir leurs efforts pour trouver une solution. Comme Allyson Hewitt de MaRS, modératrice du panel d’ouverture de la conférence, l’a indiqué de façon concise : « Nous devons tous apporter une contribution. »

Qu’avons-nous appris à Calgary concernant la collaboration sans frontières ? J’ai entendu de nombreuses conversations réfléchies sur les qualités requises pour réussir. Allyson Hewitt et James Stauch de l’Université Mount Royal ont efficacement défini la situation et résumé leur point de vue dans leur discours d’ouverture et de clôture. En réfléchissant à leurs commentaires, j’ai pensé aux quatre idées clés interconnectées sur la collaboration sans frontières pour les fondations : le temps, la flexibilité, la confiance et le courage.  

Le temps est important et il nous en faut toujours plus, notamment pour que tout le monde arrive à un consensus concernant le problème en cours de résolution (comme Allyson l’a fait remarquer, parfois, au début, vous arrivez seulement à vous mettre d’accord sur les éléments de base : « Oui, le tapis est un tapis ».) Lorsque vous rencontrez les « autres », cela prend du temps de comprendre leurs réalités. Beaucoup de choses ne sont pas ce à quoi vous vous attendiez. Le fait de prendre le temps de comprendre les autres est un préliminaire nécessaire à l’action, et est une action en lui-même. 

La flexibilité est souvent l’élément qu’il vous manque en tant que fondation lors d’une collaboration. Les responsabilités et les attentes des autres intervenants peuvent être rigides (pensez à une fondation privée qui collabore avec une grande société ou un ministère). De plus, l’environnement réglementaire des organisations caritatives canadiennes est une contrainte qui manque de souplesse et ne facilite pas le processus de collaboration dans l’ensemble des secteurs. En effet, les réglementations de l’ARC peuvent freiner ou empêcher le travail de collaboration entre les organisations caritatives et non caritatives. Les directives et les opinions de l’ARC ne démontrent pas de souplesse lorsqu’elles se basent sur l’évaluation du risque ou les antécédents. Cela peut donc entraver un travail utile et nécessaire. En revanche, les fondations privées peuvent être plus souples que d’autres intervenants, et peuvent utiliser cette flexibilité pour faire preuve d’innovation et de créativité dans leurs activités. Elles peuvent aussi accepter plus d’ambiguïté, ce qui peut être important quand les résultats sont incertains.

La confiance est certainement le fondement de toute bonne collaboration. Elle est fondamentale pour établir des relations qui permettent aux collaborations de s’épanouir et aux collaborateurs de travailler ensemble sur un problème. Bien sûr, cela prend du temps de développer la confiance. Cela demande aussi une volonté d’aller au-delà de ce qui est connu ou sécuritaire afin d’établir et de prouver sa confiance. Les fondations peuvent apprendre à développer leur confiance, si elles ont déjà le courage d’essayer de collaborer sans frontières.

Le courage est absolument nécessaire pour collaborer sans frontières. Vous avez besoin de courage en tant que fondation pour entreprendre des collaborations. Vous avez besoin de courage pour prendre des risques en faisant quelque chose qui peut n’avoir jamais été fait ou qui n’a aucune garantie. Et avoir le courage d’être vulnérable aux échecs. En outre, il faut du courage pour s’engager avec des « suspects inhabituels ». Ceux-ci pourraient être des critiques ou des opposants au statu quo (p. ex., des jeunes leaders qui remettent en question la façon de faire les choses, ou des responsables communautaires qui ne reconnaissent pas les décideurs, ou des dirigeants d’entreprise qui s’opposent à « l’économie verte par rapport à l’emploi »). Les fondations ont besoin de courage pour s’impliquer dans les perturbations.  

Le temps, la flexibilité, la confiance et le courage. Pour faire quoi ? Les conférenciers ont suggéré que les choses les plus importantes que les fondations peuvent faire lors de leur collaboration sans frontières sont d’encourager les conversations et la réflexion afin de développer la confiance et les relations. James Stauch a expliqué dans son résumé des idées clés : « Le rôle de la philanthropie est essentiel pour combler le fossé, pour promouvoir les contre-discours au raisonnement binaire simpliste, et pour démontrer des modèles communautaires et économiques alternatifs… Les relations sont indispensables non seulement pour aller au-delà des frontières, mais aussi pour co-créer un nouvel avenir. » Stauch a conclu que les grands défis des fondations étaient de : « Contribuer à la prospérité des communautés dans un monde sous contrainte carbone. Aider à sauver et renforcer la démocratie dans un monde en quête de vérité. Et changer nos institutions, nos réseaux et nous-mêmes pour y arriver. »  Avec le temps, la flexibilité, la confiance et le courage.

Dans le premier article de cette série sur les fondations et la politique publique, j’ai suggéré que les décisions prises par les responsables des politiques sont importantes lorsque vous considérez votre approche et les résultats que vous espérez obtenir en tant que fondation. Pensez à la réduction de la pauvreté, l’amélioration de l’éducation, la prévention des maladies ou la lutte contre le changement climatique. Ensuite, pensez à la façon dont les politiques publiques façonnent le contexte dans lequel ces activités se déroulent. De toute évidence, elles sont importantes. Les politiques sur les avantages communautaires, les avantages fiscaux pour les enfants et les familles, le soutien pour les logements sociaux, les avantages fiscaux pour les travailleurs pauvres, les droits des populations défavorisées, etc. pourraient permettre de réduire les écarts d’opportunités.

Les fondations peuvent aider à formuler des politiques publiques plus efficaces de différentes manières. Cependant, il ne s’agit pas seulement de mener des actions de sensibilisation ou d’élever sa voix dans l’arène publique. Avant de défendre des politiques, nous devons participer à leur élaboration. Le guide de FPC Les fondations, vecteurs de changement : la participation à l’élaboration des politiques publiques décrit ce que les fondations font pour aider à élaborer des politiques dans un large éventail de domaines. Elles organisent des discussions, réunissent des experts et développent leurs propres programmes. De nombreuses fondations renforcent la voix de la communauté lors du processus d’élaboration des politiques ou créent des espaces de dialogue et d’expression des opinions. Certaines fondations défendent une cause, en utilisant leur propre voix pour souligner des enjeux dans l’espace public.

Si votre fondation soutient l’élaboration de politiques, vous pouvez :

Voici quelques excellents exemples actuels de fondations canadiennes qui utilisent ces stratégies :

La Muttart Foundation et la Pemsel Case Foundation 

Le Max Bell Foundation Public Policy Training Institute   

Les laboratoires d’innovation sociale de la Fondation McConnell

La Fondation Graham Boeckh et ACCESS Esprits ouverts

La Lawson Foundation et le Indigenous Solutions Lab on Diabetes Reduction

Si votre fondation soutient la défense des politiques, vous pouvez :

Voici d’autres excellents exemples de fondations qui défendent une cause :

Le Groupe de travail des fondations sur la petite enfance

Le Laidlaw Foundation Youth Action Fund

La Fondation familiale Trottier et le Centre climat Montréal 

La diversité des activités que les fondations peuvent faire est remarquable. C’est ce que le gouvernement fédéral appelle des «activités relatives au dialogue sur les politiques publiques ou à leur élaboration». En outre, tous ces efforts de politique publique sont considérés comme des activités de bienfaisance légitimes par l’organisme de réglementation fédéral, s’ils sont liés à vos objectifs à titre d’organisation caritative. Cela signifie que «oui, vous pouvez» financer une politique publique en tant que fondation de bienfaisance.

Qu’est-ce qui rend une fondation privée « légitime » ? Et quel rôle l’examen public joue-t-il pour répondre à cette question ? Deux articles de réflexion sur la philanthropie privée et la légitimité publique ont récemment attiré mon attention. Le premier, de Rockefeller Philanthropy Advisors (RPA), aborde l’idée d’un « contrat social » pour les fondations. Le second, rédigé par Krystian Seibert, conseiller à Philanthropy Australia, examine comment les fondations peuvent acquérir un « permis social d’exploitation». Dans les deux cas, il est suggéré que les fondations privées doivent réfléchir posément et s’exprimer publiquement sur leur légitimité si elles veulent résister à un examen public et surmonter les critiques publiques de plus en plus fréquentes.

L’idée d’une « légitimité » de la philanthropie privée n’est pas nouvelle. Les gens ont parlé des motivations des philanthropes depuis les premiers jours de la « grande » philanthropie aux États-Unis (l’ère des Rockefeller, Carnegie et Ford). La richesse suscite l’envie et la philanthropie éveille les soupçons. Les deux sont liés. Un don anonyme ou complètement altruiste n’attire pas forcément l’attention du public. Cependant, les dons des grands donateurs et des grandes fondations sont souvent de notoriété publique, car il peut être utile de les reconnaître (pour les bénéficiaires et les donateurs) ou la réglementation exige de les rendre publics. De plus, ces dons peuvent sembler venir avec des conditions. Ou, si ces dons ont un impact sur les communautés ou les politiques publiques, ils peuvent être perçus comme des tentatives par les riches d’exercer leur pouvoir. Dans ces situations, les gens peuvent se demander quel « droit » ces donateurs ont de prendre des décisions qui affectent la vie des autres. Quelle est leur légitimité ?

Le RPA et Seibert citent des livres publiés aux États-Unis au cours des deux dernières années qui créent une nouvelle vague d’attention et de critique publiques sur la légitimité de la philanthropie privée. Ces livres sont écrits par un éventail d’observateurs provenant du journalisme, du milieu universitaire, de l’expertise-conseil et de la philanthropie institutionnelle. Cette diversité et ce degré d’intérêt reflètent l’importance du rôle joué par les personnes fortunées, ainsi que par les grandes fondations (qu’elles soient nouvelles ou établies depuis longtemps) dans des enjeux fondamentaux : l’éducation, la santé, l’immigration, le développement communautaire, l’environnement et le changement climatique. Comme au début du XXe siècle, cet intérêt provient également de la grande inégalité de revenus et des déséquilibres de pouvoir créés par les choix du public concernant la relation entre l’État et les affaires sous le capitalisme. 

Les critiques sont américaines, car les déséquilibres sont particulièrement saisissants aux États-Unis. Toutefois, la suspicion envers la philanthropie et son lien avec la richesse privée est monnaie courante, comme nous l’avons vu avec la critique des grands donateurs philanthropiques pour la reconstruction de la Cathédrale Notre-Dame. Au Canada, ainsi qu’en Australie comme Seibert le fait remarquer, les grands donateurs individuels et les fondations privées sont moins connus, et leur légitimité n’est donc pas aussi souvent contestée. Néanmoins, Seibert mentionne une fondation australienne (Ramsay Foundation) qui a soulevé la controverse et a été accusée d’influer sur la liberté universitaire avec ses dons aux universités. Au Canada, une critique locale bien documentée des activités d’une fondation privée, la Fondation Lucie et André Chagnon, qui a organisé une collaboration ambitieuse avec le Gouvernement du Québec pour financer le développement des jeunes enfants, a en fin de compte entraîné sa dissolution, car le public a contesté sa légitimité. La question de la légitimité de la philanthropie est aussi pertinente au Canada qu’elle l’est au sud de notre frontière, même si elle n’est pas encore aussi virulente.

Alors que devons-nous faire ? Existe-t-il un autre moyen de justifier la pratique de la philanthropie privée que celui d’affirmer qu’elle est dévouée au bien public ? Notre légitimité aux yeux du public dépend-elle de notre conformité aux réglementations imposées par le gouvernement (dans notre cas, l’Agence du revenu du Canada) ? Les expériences du passé et les critiques actuelles suggèrent qu’il existe une obligation éthique et philosophique d’aller au-delà de la conformité réglementaire. Seibert indique qu’il faut être conscient de « la réglementation non gouvernementale », ou de l’influence sociale et publique sur les comportements, ainsi que des attentes du public. Une fondation privée doit penser à sa légitimité d’un point de vue aussi bien réglementaire que normatif. Le RPA et Seibert entrent dans le domaine de la pratique avec des suggestions complémentaires.

Le RPA décrit son concept de contrat ou « d’accord » social philanthropique qu’une fondation conclut avec les intervenants au sujet de la valeur qu’elle va créer dans la société. En fait, cela crée la légitimité ou le permis social d’exploitation de la fondation. Comment la fondation doit-elle procéder ? Pas nécessairement par le biais d’une déclaration officielle. La clé est d’être disposé à faire preuve de responsabilisation, ce qui développe ensuite la confiance du public (c.-à-d. la légitimité normative). Cela peut être effectué par le biais de la responsabilisation des organismes de réglementation du gouvernement, et par le biais de la transparence des objectifs et des stratégies, et l’évaluation de leur impact (communiquée à l’interne et à l’externe).

Seibert ajoute qu’afin de développer une légitimité normative, il faut catégoriser la légitimité comme suit : participation, production, rendement et contexte. Il s’agit de moyens utiles de penser aux implications pratiques de la création de la légitimité. La légitimité de participation se concentre sur l’inclusion des intervenants. La légitimité de production se concentre sur la prestation de résultats efficaces. La légitimité de rendement se concentre sur les processus internes et la manière dont ils optimisent la transparence et la responsabilisation. La légitimité de contexte se concentre sur les environnements politiques et publics dans lesquels la fondation se trouve.

Manifestement, chaque fondation ne va pas créer une légitimité normative de la même manière. L’éventail de philosophies et de stratégies opérationnelles dans les fondations privées signifie qu’il n’existe pas de formule unique. L’équilibre entre les différentes formes de création de légitimité sera influencé par le passé, le contexte, la gouvernance et le style d’exploitation de chaque fondation. Comme Seibert le précise, il est nécessaire lorsque nous examinons une philanthropie d’éviter les généralisations et de faire preuve de nuance. La contribution du RPA et de Seibert nous force à réfléchir plus profondément aux raisons pour lesquelles les fondations devraient se soucier de leur légitimité ou de leur permis d’exploitation, et être prêtes à être examinées et à s’examiner elles-mêmes. De cette façon, nous pouvons répondre aux critiques et peut-être dissiper les soupçons qui s’élèvent encore envers la philanthropie privée.

[1] Winners Take All: The Elite Charade of Changing the World, d’Anand Giridharadas, et Just Giving: Why Philanthropy is Failing Democracy and How It Can Do Better, de Rob Reich.

Tandis que la campagne électorale fédérale bat son plein au Canada, le moment est bien choisi pour examiner l’importance des politiques publiques pour le domaine de la philanthropie. Les décisions en matière de politiques publiques et les programmes qui en résultent peuvent avoir une incidence considérable sur les objectifs des fondations. Il est essentiel de s’intéresser aux décisions prises par les responsables des politiques publiques au moment de mettre au point toute stratégie philanthropique. Que vous cherchiez à réduire la pauvreté, à améliorer le système d’éducation, à prévenir dles maladies ou à lutter contre les changements climatiques, pouvez-vous concevoir de ne pas réfléchir aux effets des politiques publiques? Par conséquent, les fondations peuvent-elles s’engager dans le processus d’élaboration des politiques publiques? À mon avis, non seulement elles le peuvent, mais elles le doivent, dans la mesure du possible, si leur but est de générer un bienfait d’intérêt public. 

Pour de nombreuses fondations, les activités relatives aux politiques publiques semblent entièrement étrangères à leurs fins. La plupart des fondations canadiennes se décrivent comme des bailleuses de fonds indépendantes d’autres organismes de bienfaisance. Pourtant, les fondations jouent de nombreux autres rôles. Elles organisent des dialogues, réunissent les spécialistes d’une question, commandent des études et mènent leurs propres activités de bienfaisance. Bien que de nombreuses fondations choisissent de ne pas s’exprimer publiquement, elles renforcent la voix d’autres personnes ou créent des espaces propices au dialogue et à l’expression d’opinions. En outre, certaines fondations prennent elles-mêmes la parole pour soulever des questions importantes dans la sphère publique. Toutes ces activités concourent à de meilleures politiques publiques. 

Même si elles sont réticentes à plaider directement en faveur d’une orientation donnée ou de certaines mesures, les fondations doivent être aux aguets si leur mission implique de réformer les systèmes qui rendent notre société moins égalitaire ou moins inclusive. En tant qu’organismes de bienfaisance, elles sont en quelque sorte tenues de le faire, comme Roger Gibbins, ancien boursier de recherche principal de la Max Bell Foundation, l’a si bien exprimé : « La notion même de la bienfaisance emporte une obligation de défense de l’intérêt public qui distingue les organismes de bienfaisance des entreprises privées et des organisations à but non lucratif dans leur acception la plus large. En résumé, l’enregistrement comme organisme de bienfaisance confère un statut privilégié qui a un prix : les organismes de bienfaisance assument nécessairement une obligation morale d’œuvrer pour le bien public. »

Par l’apport d’une aide financière et d’autres ressources, les fondations canadiennes ont effectivement joué un rôle de premier plan dans l’adoption de nombreuses politiques publiques importantes au cours des vingt dernières années : l’Allocation canadienne pour enfants, le Régime enregistré d’épargne-invalidité, les prestations de logement transférables, la ceinture de verdure de l’Ontario, les ententes sur les avantages pour la collectivité, la Great Bear Rainforest (Forest Protection) Act et bien d’autres. Elles financent des activités de formation en matière de politiques publiques à l’intention des organismes de bienfaisance, soutiennent des organes de réflexion politique, gèrent des laboratoires sur les politiques sociales, appuient financièrement des autorités municipales, écrivent des lettres ouvertes et commandent des sondages. 

Toutes ces activités sont parfaitement légales si elles sont reliées aux fins de bienfaisance de la fondation. Depuis que le mot « politique » a été retranché de la description des activités de bienfaisance contenue dans la Loi de l’impôt sur le revenu en 2019, les fondations ont le feu vert pour participer à des activités que le gouvernement qualifie désormais d’« activités relatives au dialogue sur les politiques publiques ou à leur élaboration ». Un nouveau guide de Fondations philanthropiques Canada explique comment les fondations peuvent et pourquoi elles doivent s’engager des activités relatives aux politiques publiques, même si elles ne les ont jamais considérées comme des activités philanthropiques. Le guide ne décrit pas simplement les modifications apportées aux dispositions législatives fédérales, mais il présente des exemples d’actions entreprises par des bailleurs de fonds dans un vaste éventail de domaines relevant des politiques publiques qui dynamisent leur engagement et leur impact. 

Nous sommes confrontés à des défis sociaux et économiques majeurs et potentiellement dévastateurs au Canada. Il est actuellement crucial que les fondations participent au dialogue sur les politiques publiques et à leur élaboration. Ces activités sont un levier de changement systémique dont les retombées positives peuvent être énormes. Il est possible, voire nécessaire, que plus de fondations s’impliquent. Le champ d’action autorisé par la loi est large, dès lors qu’une activité contribue à l’avancement d’une fin de bienfaisance. Et le bien public qui résulte de la participation des fondations à l’élaboration des politiques publiques est inestimable.

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