{"id":678,"date":"2021-05-10T08:39:17","date_gmt":"2021-05-10T12:39:17","guid":{"rendered":"https:\/\/hpearson.ca\/limportance-fondamentale-du-langage-en-philanthropie\/"},"modified":"2021-05-28T08:28:31","modified_gmt":"2021-05-28T12:28:31","slug":"limportance-fondamentale-du-langage-en-philanthropie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hpearson.ca\/fr\/limportance-fondamentale-du-langage-en-philanthropie\/","title":{"rendered":"L\u2019importance fondamentale du langage en philanthropie"},"content":{"rendered":"<p>Quelle est l\u2019importance du langage pour la philanthropie\u2009? Il se trouve qu\u2019il est fondamental. Un <a href=\"https:\/\/philliteracy.medium.com\/language-barriers-54ae3bb77bc7\">article captivant<\/a> de <a href=\"https:\/\/www.cafonline.org\/about-us\/media-office-news\/rhodri-davies\">Rhodri Davies de la Charities Aid Foundation<\/a> sur l\u2019usage et l\u2019utilisation abusive du langage philanthropique m\u2019a fait r\u00e9fl\u00e9chir r\u00e9cemment \u00e0 la fa\u00e7on dont il nous influence.<\/p>\n<p>Je ne compte plus le nombre de fois o\u00f9 j\u2019ai vu la d\u00e9finition du mot \u00ab\u2009philanthropie\u2009\u00bb dans divers articles et livres. Si l\u2019on peut s\u2019accorder sur sa d\u00e9rivation linguistique et sur le fait que cette d\u00e9rivation renvoie \u00e0 la fois \u00e0 la bienveillance et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, l\u2019application du mot est en fait tr\u00e8s large. En effet, il est utilis\u00e9 pour d\u00e9crire les petits et les grands dons, l\u2019aum\u00f4ne et le changement social, les dons institutionnels et personnels, le devoir social et l\u2019\u00e9talage de l\u2019\u00e9lite, l\u2019int\u00e9r\u00eat public et priv\u00e9. Il a des connotations positives et n\u00e9gatives, ainsi que des \u00e9l\u00e9ments engageants et exclusifs. Il s\u2019agit \u00e0 la fois de transactions et de relations, de l\u2019exercice du pouvoir et de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9quit\u00e9, de d\u00e9penses et d\u2019investissements, d\u2019accumulations et de versements. Quel terme remarquablement \u00e9lastique\u2009!<\/p>\n<p>Son \u00e9lasticit\u00e9 est \u00e0 la fois un avantage et un inconv\u00e9nient. Il peut \u00eatre adopt\u00e9 pour correspondre \u00e0 de nombreuses activit\u00e9s diff\u00e9rentes. Mais il cr\u00e9e \u00e9galement des difficult\u00e9s pour les d\u00e9cideurs politiques et les organismes de r\u00e9glementation qui veulent le d\u00e9finir et le contr\u00f4ler. Ils reviennent donc \u00e0 un langage plus technocratique et juridique. Au Canada, comme dans d\u2019autres pays, pour des raisons historiques et politiques, nos d\u00e9cideurs politiques et nos organismes de r\u00e9glementation, ainsi que les avocats, ne pensent pas au vaste univers de la \u00ab\u2009philanthropie\u2009\u00bb, mais au monde \u00e9troit de \u00ab\u2009l\u2019\u0153uvre de charit\u00e9\u2009\u00bb. Ils utilisent les termes \u00ab\u2009\u0153uvre de charit\u00e9\u2009\u00bb pour d\u00e9finir \u00e0 la fois l\u2019activit\u00e9 de don et les organisations qui poursuivent des missions consid\u00e9r\u00e9es comme caritatives. De nombreux termes que nous pourrions utiliser pour d\u00e9crire le contexte et le travail de la philanthropie ne se trouvent pas dans la l\u00e9gislation. La principale loi f\u00e9d\u00e9rale qui r\u00e9git les organisations philanthropiques et caritatives est la <em>Loi de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu<\/em>. Concr\u00e8tement, cela signifie que le lexique de la r\u00e9glementation gouvernementale limite la r\u00e9flexion et la compr\u00e9hension de la pratique de la philanthropie en se focalisant sur la transaction du don de bienfaisance. Le langage de la l\u00e9gislation et la r\u00e9glementation se concentre sur un donateur et un b\u00e9n\u00e9ficiaire, sur le versement de fonds \u00e0 des \u00ab\u2009donataires reconnus\u2009\u00bb, sur les conditions qui permettent et fa\u00e7onnent un don.<\/p>\n<p>Pourquoi est-ce important\u2009? Car si ceux qui pratiquent la philanthropie suivent le langage utilis\u00e9 par le gouvernement et la l\u00e9gislation, ils se concentreront eux aussi sur la transaction et ses conditions, plut\u00f4t que sur les relations et l\u2019impact de leur geste. Le langage fa\u00e7onne notre \u00e9tat d\u2019esprit. Comme le souligne Davies dans son article&nbsp;: \u00ab\u2009de nombreux mots que nous utilisons sont charg\u00e9s d\u2019un bagage historique et ont des implications sur la nature de la philanthropie et la relation entre le donateur et le b\u00e9n\u00e9ficiaire qui fa\u00e7onnent nos approches, m\u00eame si nous n\u2019en sommes pas conscients.\u2009\u00bb Il cite les implications de l\u2019utilisation de mots, tels que \u00ab\u2009b\u00e9n\u00e9ficiaire\u2009\u00bb et \u00ab\u2009subventionn\u00e9\u2009\u00bb, avec leur connotation cach\u00e9e de passivit\u00e9, de receveur de largesses, de gratitude implicite et, bien s\u00fbr, de d\u00e9s\u00e9quilibre sous-jacent du pouvoir entre le donateur et le b\u00e9n\u00e9ficiaire. Si l\u2019activit\u00e9 philanthropique est d\u00e9crite comme l\u2019octroi de subventions et si la mesure de la philanthropie est le contingent des versements, alors nous nous limitons \u00e9norm\u00e9ment dans notre r\u00e9flexion sur les r\u00f4les et la valeur de la philanthropie.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on similaire, si les r\u00e9gulateurs de la philanthropie se concentrent sur la transaction et si la responsabilit\u00e9 de la philanthropie est d\u00e9finie comme sa gestion de la transaction, alors la pratique de la philanthropie est restreinte. Toutes les subventions doivent-elles automatiquement faire l\u2019objet de demandes et de rapports\u2009? La communication entre le donateur et le b\u00e9n\u00e9ficiaire doit-elle se faire par \u00e9crit\u2009? Certains co\u00fbts et certaines activit\u00e9s doivent-ils \u00eatre \u00e9vit\u00e9s parce qu\u2019ils ne sont pas d\u00e9finis comme caritatifs\u2009? Notre langage des transactions et des comptes inhibe-t-il l\u2019appr\u00e9ciation cr\u00e9ative et exhaustive de l\u2019action philanthropique\u2009?<\/p>\n<p>Davies sugg\u00e8re que \u00ab\u2009le langage que nous utilisons ne se contente pas de d\u00e9crire notre monde, mais <em>fa\u00e7onne fondamentalement notre capacit\u00e9 \u00e0 le d\u00e9couvrir<\/em>. Ne pas avoir les bons mots ne signifie pas seulement que nous ne pouvons pas transmettre toute la richesse et la valeur de la soci\u00e9t\u00e9 civile, mais que <em>nous ne pouvons m\u00eame pas la saisir<\/em>.\u2009\u00bb&nbsp; Dans le contexte canadien, nous pouvons r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la signification que les langues autres que l\u2019anglais peuvent apporter \u00e0 notre compr\u00e9hension de la philanthropie. En fran\u00e7ais, le mot \u00ab\u2009bienfaisance\u2009\u00bb est utilis\u00e9 comme traduction de \u00ab\u2009charity\u2009\u00bb lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019appliquer la loi f\u00e9d\u00e9rale \u00e0 la d\u00e9finition de ce qui est caritatif. Toutefois, en pratique, le secteur caritatif qu\u00e9b\u00e9cois ne se d\u00e9finit pas autour du terme \u00ab\u2009bienfaisance\u2009\u00bb, mais plus souvent autour du terme \u00ab\u2009communautaire\u2009\u00bb, mettant l\u2019accent sur la collectivit\u00e9, le fait qu\u2019ils agissent ensemble pour changer ou am\u00e9liorer la communaut\u00e9 ou la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u2009\u00e9conomie sociale\u2009\u00bb, d\u2019une action coop\u00e9rative pour un b\u00e9n\u00e9fice mutuel, est plus famili\u00e8re aux francophones que les notions d\u2019\u0153uvre de charit\u00e9 ou de \u00ab\u2009bienfaisance\u2009\u00bb. Il s\u2019agit de termes plus relationnels que transactionnels. De la m\u00eame fa\u00e7on, dans les langues autochtones, le terme \u00ab\u2009philanthropie\u2009\u00bb n\u2019est pas familier. La vision du monde et les pratiques spirituelles et culturelles des autochtones sont fond\u00e9es sur l\u2019\u00e9change r\u00e9ciproque de donner et de recevoir, d\u2019\u00eatre en relation. Les langues refl\u00e8tent les hypoth\u00e8ses sous-jacentes, ainsi que les mani\u00e8res de penser \u00e0 ce monde et d\u2019agir dans ce monde.<\/p>\n<p>Je suis d\u2019accord avec le dernier commentaire fait par Rhod Davies&nbsp;: \u00ab\u2009Il est essentiel d\u2019\u00e9largir nos horizons linguistiques [dans le domaine de la philanthropie]. Cela peut nous aider \u00e0 ne plus d\u00e9pendre des formes de langage et de communication qui renforcent les d\u00e9s\u00e9quilibres de pouvoir ou qui privil\u00e9gient certains genres d\u2019exp\u00e9rience par rapport \u00e0 d\u2019autres\u2026 Cela peut m\u00eame nous aider \u00e0 d\u00e9couvrir notre monde diff\u00e9remment (ou du moins \u00e0 comprendre les diff\u00e9rentes mani\u00e8res dont les autres peuvent le voir)\u2026 C\u2019est clairement important dans le pr\u00e9sent, mais \u00e7a l\u2019est peut-\u00eatre encore plus lorsque nous nous tournons vers l\u2019avenir, car les limitations du langage peuvent devenir des limitations de notre capacit\u00e9 \u00e0 imaginer d\u2019autres fa\u00e7ons de vivre pour notre soci\u00e9t\u00e9 et notre monde.\u2009\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle est l\u2019importance du langage pour la philanthropie\u2009? Il se trouve qu\u2019il est fondamental. 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