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Les trois défis des fondations canadiennes en 2020

7 janvier 2020
Hilary Pearson

Janvier est un mois opportun pour se fixer des défis en tant que personne, mais aussi en tant qu’organisation. Votre nouveau défi peut comporter un seul élément ou plusieurs. Il s’agit peut-être du prolongement d’une stratégie précédente ou d’une nouvelle tâche. Peu importe, cet exercice de réflexion sur un défi pour l’année à venir est utile, car il soulève inévitablement des questions sur ce qui est important et sur l’impact que nous pouvons avoir.

Je pense qu’il existe trois défis qui permettraient aux fondations canadiennes d’avoir un impact significatif en 2020. Une fondation peut choisir d’en relever un ou plusieurs. À mon avis, ces trois défis abordent des questions importantes et il est temps que les fondations leur accordent plus de financement. Ils sont tous primordiaux pour notre avenir.

Le premier défi est les médias numériques et la démocratie. Quel rôle peut jouer la philanthropie pour promouvoir une population mieux informée ou fournir une plateforme aux voix non entendues par le biais des médias numériques ? En 2013, des observateurs américains ont suggéré que «  si l’une des exigences de la démocratie est que tous les citoyens aient une chance égale de faire entendre leur voix, alors nous devons trouver les moyens de le faire. Un argument de longue date sur le rôle de la société civile est que celle-ci devrait accomplir deux choses liées, mais quelque peu opposées : 1) servir de moyen pour proposer de nouvelles idées qui avec l’appui de la majorité, sont présentées au gouvernement, et 2) servir de lieu pour soutenir les idées et les intérêts de plusieurs minorités. Les organisations philanthropiques servent ainsi d’intermédiaire pour un engagement démocratique, et d’incubateur et d’accueil pour les idées et les communautés qui sont encore émergentes ou peuvent ne pas avoir l’attention ou la faveur de la majorité votante. »

Comment les fondations canadiennes peuvent-elles jouer un rôle dans ce défi ? Certaines le font déjà, grâce à l’appui de ce qu’on appelle les initiatives de « philanthro-journalisme ». La Atkinson Foundation a donné l’exemple, en aidant des journalistes de terrain dans les médias traditionnels et en soutenant la série « Le miroir éclaté » du Forum des politiques publiques sur les implications à long terme de l’évolution de la technologie, l’actualité et la politique numériques. Le défi de 2020 est de savoir comment affronter le déluge de désinformation dans l’espace public numérique. En effet, les plateformes d’informations numériques bouleversent les modèles commerciaux des médias. Comment pouvons-nous réglementer et gérer ces nouvelles plateformes de médias numériques de façon à soutenir des citoyens éclairés et de meilleures politiques ? Certaines fondations américaines comme Knight lancent des programmes majeurs de subventions pour mieux comprendre la technologie, les médias et la démocratie. Les fondations McConnell et Rossy soutiennent le Projet de démocratie numérique de la Max Bell School of Public Policy à McGill. Pourrions-nous voir d’autres initiatives semblables au Canada en 2020 ?

Le deuxième défi est de développer la capacité de leadership à but non lucratif, en particulier le leadership de la génération du millénaire. Comment la philanthropie canadienne peut-elle encourager le développement de leaders parmi cette génération prometteuse de personnes dans leur trentaine aujourd’hui ? Les premiers milléniaux vont avoir 40 ans en 2021. Sont-ils prêts à assumer des postes de leadership dans le secteur canadien à but non lucratif ? Cette génération de leaders devra faire face à l’impact de défis énormes et complexes, tels que le changement climatique. En outre, cette génération se concentre davantage sur l’équité, l’inclusion et des méthodes de travail différentes. De quoi ont-ils besoin pour renforcer leurs compétences ? En 2020, de nombreux leaders de la génération du baby-boom prendront leur retraite dans les organismes à but non lucratif. Qui va les remplacer ?

Au Canada, certaines fondations d’entreprise accordent une attention particulière aux jeunes pour les aider à se préparer pour le milieu du travail. L’Objectif avenir de RBC et le projet Jeunesse de PwC Canada offrent un soutien philanthropique aux jeunes en matière d’opportunités de mentorat, d’encadrement, d’acquisition de compétences et d’expérience de travail. Parmi les fondations privées, la Counselling Foundation of Canada offre un soutien approfondi aux jeunes dans la planification de leur carrière grâce à ses subventions et par l’intermédiaire du CERIC, son organisme de bienfaisance qui promeut le développement de carrière et l’éducation. Il existe d’autres exemples de fondations qui se concentrent sur les jeunes et leurs besoins en développement de compétences. Mais pourquoi ne pas développer des leaders à but non lucratif en milieu de carrière ? En prenant une approche sectorielle, la Rozsa Foundation par le biais de ses Arts Leadership Programs renforce le sens des affaires et la résilience organisationnelle au sein d’organismes artistiques. L’aide ciblée de la fondation pour les leaders à tous les stades de leur carrière dans les organismes artistiques signifie que le secteur artistique de l’Alberta possède une grande réserve de leaders. Cette solution pourrait certainement être envisagée dans d’autres domaines du secteur à but non lucratif. Et un petit investissement philanthropique comme celui-là aura un impact durable.

Le troisième défi consiste à renforcer l’infrastructure du secteur à but non lucratif. Je dirais que ce défi est lié aux deux autres. Il s’agit de soutenir le développement des connaissances pour obtenir de meilleures informations et politiques publiques, et d’encourager le leadership dans l’ensemble du secteur. Plus précisément, il faut investir dans des systèmes de données, une analyse des politiques et le leadership des organismes intermédiaires à but non lucratif. Dans un autre article, j’ai expliqué qu’il fallait soutenir davantage des fondations, telles que les réseaux régionaux à but non lucratif ou Imagine Canada, qui prévoient des mesures collectives sur les règles et les normes, recueillent des renseignements, mobilisent les connaissances et défendent des changements avec les décideurs politiques. Relativement peu de fondations privées au Canada ont pour objectif principal de le faire. Muttart Foundation et Lawson Foundation sont deux exemples de philanthropie qui reconnaissent l’importance de renforcer les secteurs philanthrope et caritatif. D’autres fondations soutiennent activement une infrastructure dans leurs domaines d’intérêt comme l’environnement. Toutefois, il y a encore un obstacle significatif. Ces organisations et ces plateformes sont fragiles. Cependant, ces petits investissements produisent des résultats importants, surtout si l’investissement est effectué grâce à un leadership éclairé.

Voici donc mes trois suggestions de défis pour votre philanthropie de 2020. Même si les stratégies de votre fondation se concentrent plus sur un problème ou une communauté en particulier, il peut être utile de les considérer sous ces trois angles. Est-ce que le travail de votre fondation contribue aussi d’une certaine manière à développer des citoyens éclairés, de jeunes leaders compétents ou un secteur à but non lucratif plus solide dans l’ensemble du Canada ?

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