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Crise et opportunité pour les donateurs canadiens

22 mars 2020
Hilary Pearson

La pandémie de la COVID 19 offre-t-elle une opportunité de changement pour la philanthropie canadienne ? Si c’est le cas, quelle opportunité et comment ? Il est probablement trop tôt pour le dire. Toutefois, il est intéressant de noter les observations faites la semaine dernière par des fondations américaines qui annonçaient que le moment était venu pour une réponse radicale. Il n’est pas trop tôt pour dire que l’interruption des services non essentiels de notre société et notre économie à cause de la pandémie entraînera des changements majeurs à court et moyen terme dans le secteur à but non lucratif. Il faudra repenser les structures de financement, les pratiques de travail, les collaborations, etc. Nous devrons nous adapter non seulement durant les deux prochains mois, mais probablement durant l’année à venir et même au-delà.

Saisissant cette opportunité, la Fondation Ford et le Trust-Based Philanthropy Project (commandité par Ford) ont proposé une « promesse d’action » pour changer les pratiques des fondations. En formulant cette promesse, les fondations s’engagent à respecter 8 principes de financement et de relation avec leurs partenaires communautaires et leurs bénéficiaires :

  • proposer un financement plus flexible ou sans restriction aux partenaires actuels
  • accorder de nouvelles subventions sans restriction aux nouveaux partenaires qui interviennent durant cette urgence
  • réduire les exigences pour les partenaires (rapports, visites sur place, etc.)
  • contribuer aux fonds collectifs ou communs de réponse communautaire
  • avoir une communication proactive avec les communautés
  • écouter les opinions et les besoins de la communauté
  • appuyer les activités de sensibilisation pour soutenir les organismes à but non lucratif pendant et après la pandémie
  • tirer des enseignements de ces pratiques et les ajuster dans les périodes plus stables.

Cette promesse a remarquablement été signée par plus de 200 fondations (et ce chiffre ne cesse d’augmenter). C’est un exemple stupéfiant d’une réponse collective du secteur des fondations. Les donateurs peuvent fournir des fonds qui font cruellement défaut… et faire tellement plus !

(d’ailleurs, j’ajouterais un 9e principe : engager de nouveaux fonds pour les organisations ombrelles et intermédiaires qui aident à élever les voix collectives du secteur aux niveaux national, régional et local.)

Ce qui est fascinant, c’est de voir la mobilisation rapide des donateurs américains adoptant un ensemble de pratiques que des organismes de financement comme Grantmakers for Effective Organizations, des fondations individuelles comme Ford, des observateurs comme Vu Le, des centres comme le Centre for Effective Philanthropy et des projets collectifs comme le Trust-Based Philanthropy Project défendent depuis quelques années. C’est leur réponse face à la critique croissante des pratiques élitistes des fondations et à la réalisation grandissante de l’efficacité de la diversité, de l’inclusion et des pratiques de participation. Cela peut donc provoquer un changement fondamental dans la pratique philanthropique pour un large groupe de donateurs américains. C’est certainement ce que Ford (qui a ouvert la voie avec son programme BUILD) et d’autres personnes espèrent maintenant. Notez le 8e principe :

« Nous devons tirer des leçons de ces pratiques d’urgence et partager ce qu’elles nous enseignent sur un partenariat efficace et le soutien philanthropique, afin que nous puissions envisager d’ajuster plus fondamentalement nos pratiques à l’avenir, dans des périodes plus stables, en nous basant sur tout ce que nous avons appris. »

Une crise est nécessaire pour qu’un tournant décisif se produise. S’agit-il également d’un tournant décisif pour les donateurs canadiens ?

Qu’est-ce qui nous empêche de créer (ou d’adapter) et de signer une promesse similaire ? Qu’est-ce qui nous empêche d’examiner notre façon d’agir collectivement non seulement pour soutenir l’intervention d’urgence à court terme face aux besoins de la communauté, mais aussi pour réévaluer nos pratiques à long terme ? Les Fondations philanthropiques Canada informent les donateurs canadiens des réponses liées à la COVID 19 par le biais d’une nouvelle sélection hebdomadaire. Elles pourraient collaborer avec les Fondations communautaires du Canada et d’autres groupes de donateurs pour nous orienter vers un réexamen des pratiques de dons pendant et peut-être après la pandémie.

Pendant ce temps, nous observons des exemples créatifs de réponse collective face à la pandémie. Le National Center for Family Philanthropy aux États-Unis offre une carte interactive et une liste de ressources en constante évolution aux donateurs en ce qui concerne la COVID 19. Nous pouvons faire la même chose au Canada ! Voici quelques fonds et ressources déjà disponibles pour les donateurs canadiens :

Au niveau local :

Au niveau national et selon les enjeux :

Au niveau international (pour les donateurs canadiens) :

Charity Village est en train de dresser une liste des organisations ombrelles et intermédiaires qui préparent une réponse face à la COVID 19 pour l’ensemble du secteur caritatif.

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